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jeudi, octobre 13

Ma figue, mon raisin.

Nous commencerons quand s'arrêtera l'insulte mais je doute que nous commencions un jour...


Nous renaîtrons quand -avec le pardon- on fait rimer action, quand avec l'oubli, on se rappelle la Patrie.


Quand la dernière génération des applaudisseurs ne sera plus, la dernière génération de corrompus, qu'avec les fugitifs, partent aussi les métastases qui nous gangrénaient.


Nous commencerons quand s'arrêtera le meurtre de l'identité, et le débat sur l'identité, et la photo sans visage...


Quand on tuera le souvenir pour ne vivre que pour elle, respirer par elle, la femme en rouge et blanc.

Nous revivrons heureux quand l'air aura changé, quand les guerres seront terminées, quand ils occuperont leurs chaises et qu'on les dégoûtera des sièges.


En attendant, je perds puis ramasse l'espoir éparpillé, guette le souffle des insurgés...mi figue mi raisin, mi tort mi raison.

mercredi, novembre 18

Les fables contemporaines épisode 2


J’ai entendu parler d’un médecin…
Il guérirait la lèpre et soignerait les tumeurs, ils disent qu’il sait réparer les cœurs.

J’ai entendu parler de cette machine qui sait aimer et caresser les cheveux, et offrir une épaule sans partir un jour, garantie de dix ans, encore mieux que les statistiques humains, j’ai entendu parler que ça marchait très bien.

J’ai entendu parler de cette île où l’on va en toute saison et dont on revient rarement, où les cocotiers donnent des pêches, où l’eau est toujours fraîche, là où on ne meurt jamais.

J’ai entendu parler de l’amour et de la fidélité de loin en loin, je connais nos mythes urbains.

On leur ment quand ils sont petits, on leur dit que le mouton meurt dans les rubans de satin et qu’après l’orage, le soleil ne tarde pas, et que tous les oiseaux volent et qu’on sera toujours là pour eux…on a grandi, on reconnaît les râles de l’agonie et les tsunamis sans lendemain et le fioul dans les ailes blanches et on sait qu’il y a des aujourd’hui sans demain.

J’ai entendu parler une fois, de cette princesse endormie, qui attend et qui finit toujours par avoir ses enfants…et de ce nain souriant que la grotte ne dénigre pas…et des arbres qu’on ne coupe pas, et d’une planète à jamais bleue, et des jours toujours heureux, et des mois et des 24 heures…on m’a gavé de l’illusion du bonheur.
J’aimais croire avant, que tous les bobos disparaissent avec les baisers, que l’amour ne tarit jamais…j’aimais croire qu’il n’y a pas de vie sans printemps et que je savais reconnaître un sourire qui ment.

J’ai entendu moi aussi parler des monstres qui ne faisaient que grogner ou manger les enfants, je ne savais pas qu’il y en avait qui leur volaient leurs âmes…je ne savais pas qu’on pouvait haïr sans raison, et qu’on pouvait trahir et qu’on pouvait partir, sans un châtiment.

L’illusion du bonheur est comme le bonheur, reposante, surpuissante dans le fantasme de son éternité, l’illusion du bonheur est comme les sourires qu’on avait dans nos photos d’école, comme nos vieux albums…

J’ai entendu parler des rois cléments, des milles et une nuits, des sommeils sans rêves, des fleurs, des guis…je savais dessiner un soleil, et une immense maison, je savais colorer l’arc en ciel, je riais du beau temps.

jeudi, février 26

allo...maman ?


Maman, 23 ans déjà depuis que de tes entrailles, je suis sortie et depuis…
J’ai appris à marcher et j’ai appris à courir, vous m’aviez appris à m’éloigner …toujours à m’éloigner, j’ai un jour pris le bus, puis, j’ai pris la voiture, j’ai pris même l’avion et on a quitté la maison, mais je reviens toujours là où le souvenir est fort…là où on sèche jusqu’à mes larmes de tort.
Maman, j’ai appris à frôler les bulles, ils sont bêtes ces gens que je vois dans la foule, ils pensent aux calories de leurs sandwich graisseux et à quelque kilomètres, ils sont encore nombreux, à agoniser de faim…ils sont bêtes ces gens qui achètent des bijoux à leurs chiens, et qui devant la misère disent : « j’ai rien »…
Maman tu m’as appris que la vie est rose et que cendrillon épouse toujours le Prince et que les belles mamans finissent par mourir de rage et de crainte…je combats chaque jour pour une parcelle de rêve dans le gris de la ville, je combats toujours pour m’arracher à la tristesse de ces cendrillons sans prince…où est passé le rose ? Où est passée la prose ?
Maman, pourquoi faut-il si peu de temps pour apprendre et autant pour oublier ? Je me lève toujours maman avec le sourire aux lèvres et je bois encore du lait même si je le mélange maintenant, avec du café, je fais mes devoirs, j’essaie de ne pas tarder le soir, je me pardonne des erreurs que les autres ne veulent pas pardonner, je ne mets jamais des jeans troués…et Pourtant …
Ils sont nombreux à ne plus y croire. Sont-ils bêtes maman de ne pas croire en dieu ? Sont-ils bêtes de penser que tout a commencé dans un étang d’eau tiède ? Sont-ils bêtes de croire que l’homme s’est crée ?
Ces gens que je croise dans la foule n’ont pas de visages maman, je sème des sourires dans le vent, elle est passée où ma ville, là où on connaissait ton nom ?
Ces murs qui dorénavant m’entourent n’auront pas de passé, leur toucher est se remplir de leur froid et de leur silence, des tombes sans nom. Cette jolie chambre que j’ai, orange et chaude, n’est qu’une parodie, une alternative, une drogue d’esthétisme face à la nostalgie. Il est où mon lit à dorures ? Ma niche surchargée ?
Maman, j’ai cherché le bonheur là où je pensais le trouver, mais il s’est dérobé, ai-je tort maman de ne pas être heureuse ? J’ai ma vie, mes amis, et tout va bien, ai-je tort de ne pas sourire assez ? De chercher un sens ? De chercher un rêve ? Maman, je veux retrouver un soir un instant, le doux souvenir du cocon, le noir réconfortant…
Où sont passés nos orangers maman ? Où sont passés les oiseaux ? La cigale ? Où est passée ma robe blanche à pois ? Où est passé papa ?