mardi, octobre 13

MA langue dans LEUR poche ?


La langue dans la poche ?

Non, je ne l’arracherais pas de si tôt, je ne suis pas suicidaire pensez-vous, les métaphores jouent bien le jeu et le reste n’est qu’intelligence après tout.

Laissez-moi vous parler des couleurs…ma chambre est orange, pas révolutionnaire en soi, je ne suis pas ukrainienne de surcroît. Ma chambre est orange parce que l’orange est faussement chaud comme le vert est faussement froid.

Les couleurs qui en disent trop ne me vont pas. Le rouge est trop chinois et je n’aime pas le made in china, et le noir ? Deuil, crise de 29 et de 2009, je n’en veux pas.

Le blanc n’est pas de ce monde, j’ai depuis longtemps perdu l’illusion du pur…à moins que ce soit en architecture…

Et je n’aime pas le violet…je n’aime pas le violet, pour des cultures c’est la couleur de la pauvreté…le violet est gentiment esclavagiste…gentiment…faites abstractions, des prisons, des sous sols cachés, des rêves avortés et des poches...Oh les poches…

Et vous voulez que je garde ma langue dans ma poche ? Qu’ils vident les leurs alors, qu’on déballe tout et moi, moi je me tairais.

Voyez-vous je n’ai rien dit, je ne suis pas suicidaire aussi. Les métaphores jouent bien le jeu, si on leur laisse un terrain, je pourrais vous parler, vous raconter des histoires, des histoires de trains…et de Hegel qui attend au tournant…notre histoire ne va pas garder une seule couleur éternellement.

Je ne vous ai rien dit du jaune, j’aurais menti, j’aurais ri jaune, je vous aurais dit, je suis heureuse, heureuse de mes silences, de la nuit dehors et qu’importe, j’ai des bougies près de mon lit et personne chez moi ne sait ce que c’est que l’arrachage des matières cornées.

Moi je vais parier, vous savez quoi ? je vais parier que la liberté comprend mieux que la « cent sûr » et que mes couleurs ne gênent que les rétines et mes doigts…je l’aurais arrachée si je pouvais ma langue, mais rien est dit, j’écris…
Laissez-moi vous parler des couleurs…je ne peux pas, toutes les surfaces blanches sont rouges sang, et parme « zang »…je ne peux pas vous dire plus…je ferais mieux de voir en noir et blanc…

lundi, septembre 28

J'écoute aux portes


J’écoute aux portes...Aux murs, aux vitres ouvertes, aux persiennes closes.

Pourquoi le fils du voisin crie quand il prend un bain ? pourquoi la télé des gens d’en face est toujours en bruit rose?

J’écoute les superpositions d’octaves des gens qui parlent dans les cafés bondés, j’isole les conversations des plus insignifiantes aux plus corsées.

Les mots des gens sont différents, leurs voix n’ont pas le même son…ils finissent sans le savoir par ne dire que le même sens, les gens ne savent pas que quand ils murmurent, leurs secrets ne murmurent pas…

Les gens ne savent pas qu’ils ont toujours les mêmes tabous, qu’ils se penchent pour dire les mêmes mots, qu’ils ont les mêmes hontes et les mêmes péchés, que d’aussi loin que les chemins se perdent, ils finissent toujours par se croiser.

J’écoute aux portes, il y a toujours des rumeurs, la femme de gauche veut divorcer, je ne sais pas qui restera : le grave indifférent, alto masculin, ou sa voix trahie en saccadé.

Les boîtes à lettres débordent parfois, des feuilles blanches qui violeront l’intimité des portes closes...Morceaux de bois fermant les pierres béantes…qu’aurais-je à écouter aux portes si les portes n’étaient pas là.

J’aime le bruit que fait le non dit, j’aime quand ça chuchote, quand ça traverse une paroi, une couche de non soi…ce n’est pas ma faute…ce n’est pas ma faute si…
Les vitres laissent passer l’air parfois, si les murs sont indiscrets, si on oublie de verrouiller…ce n’est pas ma faute si les lumières filtrent toujours, si je sais lire sur les lèvres, si je sais taire les voix qui me ciblent pour n’entendre que l’à peine audible.

J’écoute aux portes, et je ne me sens pas méchante pour ça. L’intimité est une notion de vue, une persistante rétinienne absolue, la voix n’a rien d’intime, antidote au silence, elle porte de nous une vitrine, elle nous expose, nous exhibe, entre les plis des robes, les replis des parois, contre les portes et épaisseurs des dalles, elle nous vend, nous prostitue.

Ne m’en voulez pas
J’écoute aux portes

Les gens disent de ces choses ! Ils sont tout le temps inquiets, ils crient sur rien et de temps en temps fusent leurs rires dévergondés, j’ai mes sons, j’écoute aux portes, j’ai mes raisons…les mots des gens sont différents.

mercredi, septembre 23

vous parler de LUI




Un homme, aux cheveux blancs, le sourire bon des gens qui savent ce qu’ils ont semé, le sourire des gens qui rêvent ou qui ont rêvé…

Vous parler de sa main aux légers tremblements, de sa voix qui me récitait le coran, de ses livres et des pages qu’on tournait ensemble, du couffin qu’on tenait à deux, vous parler de lui, c’est vous parler du sang…

Il est un homme qui vous donne la vie, un homme qui vous porte dans son cœur et sur ses épaules, qui vous épèle les mots, qui soigne vos maux, qui vous prend par la main quand le chemin est long, qui vous montre le bien, qui vous donne ses yeux et la couleur de sa peau…qui vous injecte son amour et son savoir, qui vous quitte un soir…

Je vous parle d’un homme qui a offert une rose à maman et lui a écrit des lettres et lui a donné son nom, et cet homme est mon père …et que les gens ne meurent que si on les oublie, et papa est vivant…

Dans ces mots, et la mémoire, dans mes feuilles éparses, entre les plis de robes d’enfant, dans l’encens et les livres que je lis en son nom…il est dans ma voix, dans ma voie, dans les méandres de ma foi…il est là où le souvenir le porte, là où il a passé ses doigts.

Il me racontait sur la route des saules, la course folle des atomes et les poèmes d’antan, il me chantait –faux- des vieilles chansons, il parlait pendant des heures de son amour pour les fleurs, pour la vie, et les vivants.

Papa a marché sept kilomètres à pieds pour étudier, il a fabriqué son cartable…papa m’a montré que les belles choses sont celles qui sont trompées de sueur, papa est bon. Pas d’imparfait, ce serait le tuer et les gens ne meurent que si on les oublie, et papa est vivant.

Vous parler de lui, c’est vous dire les milles gentillesses et ses sourires, c’est dessiner son dos courbé sur les livres, vous parler de lui c’est l’esquisse de ma mémoire, c’est l’essence de mon savoir, et c’est vous parler d’un rectangle blanc.
Ils diront qu’il ne reste que ça, qu’un bout de terre et du marbre, mais je ne crois pas.

Ils diraient paix à son âme, l’homme finit avec son pouls, là ou commence la douleur, non, l’homme survit par la douleur, par le manque et par le vide, la mémoire d’un homme n’est pas un fantôme, c’est l’éther qui remplit le néant, qui se vide dans le rêve et se vide dans les mots et se vide dans le sang.
Vous parler de lui, c’est l’aimer mille fois, et ce n’est pas me taire… vous parler de mon père.

dimanche, septembre 20

Ré capitule


Précédemment dans Wordtrash :

Après quelques essais de préambule, mima s’essaie à l’amour, à l’homme, à la femme, aux mots de ce monde, aux maux de ce monde…dépassé la nouvelle année, elle rit sur ses bêtises, sur ses cris, pleure sur sa ville, sur les vices…dénigre les légendes d’aujourd’hui, écrit décembre et les mots brisés en français…reprise après la panne et le championnat…le monde est toujours aussi con, elle ne pouvait pas dire autrement…réflexions sur les génuflexions de la Tunisie, trompée de chocolat et d’ennui, elle appelle sa maman d’aussi loin que porte sa voix et lui parle des gens, de leurs rêves, de leurs crimes, de leurs passions, de leurs trahisons…et elle finit la saison avec la société de consommation, mouton conscient parmi le troupeau, elle se rend compte un petit peu des bourreaux, des barreaux et avant de refaire son monde, elle sème des si, elle sème des oui…

mardi, septembre 15

Anté- cèdant.



M’en veuillez pas si je tourne en rond, si je fume pour faire des ronds, si je baisse parfois la tête, si je courbe parfois l’échine, ne m’en veuillez pas de passer des fous rires aux larmes, de jouer les citadines, de se la jouer provinciale, de porter mes blue jeans et mes Ray ban…et dénigrer aussi, la coca cola.

Ne m’en voulez pas si je ne suis pas cohérente, si je suis croyante et féministe, si j’aime le rock et les seventies…si je suis la fille de mon temps et de croire encore au prince charmant.

Oui, je fais les boutiques avec un air nonchalant, oui je suis le pur produit de la société de consommation, mais j’arrive encore à pleurer, devant les documentaires où des enfants faméliques se font exploser en dessus des mines…

J’aime la french, et les bigoudis, et les jupes crayons, j’économise pour acheter un nouveau chemisier blanc, mais ça me fait un mal de chien de croire qu’en même temps, 3 femmes se font battre…et qu’une une minute, deux femmes sont violées au moyen orient.

Je ne supporte pas de voir la laideur, je ne supporte surtout pas la méchanceté, j’aime à croire qu’il y autant de gens bons que de belles chaussures. J’aime à croire qu’il y a autant de gens qui se démènent pour faire du bien que de gens qui dessinent les robes et qui testent les parfums. J’aime à penser que je ne porte pas de coton fabriqué avec les mains d’enfants. Que je ne marche pas sur des tapis qui ont abîmé les yeux de petites filles. J’aime à penser que comme la pub, la marque est lisse et sans secrets, que la sauce tomate concentrée est faite avec amour, que les vaches nous donnent leur lait de bon cœur.

J’aime à penser qu’il n’y a pas d’envers au décor…

Ne m’en voulez pas si je sais être superficielle, si je peux parler des heures des embouteillages et des recettes de pâtes et vous embêter aussi à propos de la pollution…je peux pleurer sur mon mascara qui coule, qui coule parce que j’aurai trouvé que les banquises qui fondent sont des maisons détruites pour les ours blancs.

Femelle mammifère parmi des milliards d’autres sur terre, je fais partie de cette espèce qui a colonisé toutes les niches et les continents, point parmi d’autres dans la mosaïque de la vie, je fais partie de ces êtres qui par chance sont le centre de leur vie…les rares que nous sommes d’être conscients que nous existons, et nous faisons de notre terre notre terrain de jeu et nous fabriquons et nous consommons…

J’aime à croire que je jongle entre deux fils et j’ai peur d’avouer que je ne sais tout simplement pas jongler. J’habite la jungle de la ville, je côtoie les fous et les charlatans, je passe devant les livres et les diamants…je m’arrache à ça, je me détache parfois…j’aime à croire encore, qu’il n’y a pas d'envers au décor.